6 Cergyssois échangent avec le maire

Ils étaient six habitants, trois Cergyssoises et trois Cergyssois, à rencontrer le maire le 2 décembre 2017 pour faire un point à mi-mandat. Chacune et chacun avait en poche une série de questions qui lui tenait à cœur. Les échanges – non préparés ! – étaient libres et directs, sans tabou. L’occasion d’aborder des sujets aussi variés que la circulation, la sécurité, l’emploi, la santé… et même la politique !

Les 6 Cergyssois(es)

Florence S.

> 37 ans
> Quartier : Axe Majeur
> Ilot : Axe Majeur
> À Cergy depuis : 1987

 Goulven M. 

> 57 ans
> Quartier : Axe Majeur
> Ilot : Terrasses
> À Cergy depuis : 2003

Jade C. 

> 32 ans
> Quartier : Horloge
> Ilot : Genottes
> À Cergy depuis : 1985

Najib W.

45 ans
> Quartier : Hauts-de-Cergy
> Ilot : Point du Jour
> À Cergy depuis : 2003

Ulrich A.

> 27 ans
> Quartier : Orée du Bois
> Ilot : Touleuses
> À Cergy depuis : 2011

Salamatou M.

> 44 ans
> Quartier : Grand Centre
> Ilot : Croix-Petit
> À Cergy depuis : 2008

Accès aux écoles

Florence S. : J’aimerais aborder la question de la sécurité aux abords des écoles, notamment au niveau des Genottes.

—  Nous sommes conscients de ce problème, surtout quand les enfants ne sont pas accompagnés des parents, ce qui arrive très souvent. Concernant le groupe scolaire des Genottes, nous avons déjà travaillé sur cette question avec les représentants des conseils d’école pour réaménager des passages piétons, même s’il existe un souterrain éclairé et sécurisé que les gens n’utilisent pas, alors que cela serait plus simple…

Mais vous avez raison, au niveau de la traversée, il y a un problème de visibilité, particulièrement lorsque le bus s’arrête. Nous menons en parallèle une expérimentation sur quatre écoles avec des personnages ou des crayons pour signaler les traversées au niveau des écoles.

Nous souhaiterions également tester les passages piétons en trois dimensions. Dernier point, nous rehaussons progressivement l’ensemble des clôtures autour des écoles et sur les accès. C’est déjà le cas aux Genottes, aux Touleuses et au Ponceau. Nous sommes donc dans un grand programme de déploiement.  

Salamatou B. : J’ai remarqué aussi qu’il n’y avait plus personne pour faire traverser les enfants près de l’école des Chênes. Pourquoi ?  

— Il y deux raisons. Nous avons d’abord complètement réaménagé l’avenue qui est limité à 30 k/h — on pourrait d’ailleurs difficilement aller plus vite — et ensuite, il y a la passerelle de la Croix-Petit qui mène à l’école des Chênes, et celle qui va à l’école du Ponceau de l’autre côté. Ces passerelles ont été créées pour séparer la circulation piétonne de la circulation routière, comme cela est souvent le cas à Cergy. Or, les gens ne les empruntent plus !

Sécurité et circulation routière

Goulven M. : De plus en plus de voitures circulent en ville. Y a-t-il une augmentation des accidents à Cergy, notamment dans le prolongement de l’avenue des Genottes, sur le boulevard de l’Oise. Cela fait 25 ans que je suis à Cergy, et je m’étonnais justement de n’être jamais témoin d’accidents. C’est un hasard ?  

— Aucunement. La ville sécurise les voiries par la mise en place de ralentisseurs. Mais Cergy est une ville très attractive. Le flux important de véhicules s’explique par la création d’emplois, l’arrivée de nouveaux habitants, l’accueil d’étudiants supplémentaires.

Avec trois gares, les habitants de l’agglomération viennent aussi. Limiter progressivement les vitesses fait partie des réflexions que nous menons, en collaboration avec l’agglomération. Pour ma part, j’aimerais bien par exemple, que le bd de l’Oise passe à 50 km/h.

Une bonne solution pour éviter les bouchons du matin : le Pedibus, comme à l'école du Hazay.

Aux heures de pointe, la circulation est difficile. Mais il y a des solutions. Pour accompagner les enfants à l’école, une expérimentation de Pédibus a été menée au groupe scolaire du Hazay ; elle se développe au Point du jour et aux Essarts. C’est à mon avis une bonne solution pour éviter les bouchons du matin. Mais cela suppose que les parents se mobilisent, sachant que la ville a de son côté accompagné l’implantation du Pédibus avec des marquages au sol.

Trottoirs et voiries

Jade C. : Qu’en est-il de la réfection générale des trottoirs de la ville ? Certains sont en mauvais état : il manque des dalles à certains endroits, et les feuilles ne sont pas toujours ramassées…  

— J’ai pris l’engagement de réaménager trente-six kilomètres de trottoirs durant mon mandat, nous en sommes à la moitié. Nous essayons d’en refaire quatre à cinq kilomètres par an. Nous réorganisons par ailleurs complètement les équipes techniques afin de faciliter la remontée d’information sur le cadre de vie par les équipes municipales via une application.

Une fois les process bien mis en place, nous l’ouvrirons à l’ensemble des Cergyssois en 2019. Sur les avenues des Genottes et du Martelet, près de chez vous si je ne me trompe, certains trottoirs ont des dalles disjointes à cause des racines des arbres. On est donc obligé de les couper pour les remplacer par d’autres essences. Car nous avons un principe à Cergy : lorsque l’on coupe un arbre, on en replante obligatoirement un ! 

 

Nous réorganisons complètement les équipes techniques afin de faciliter la remontée d'information sur le cadre de vie.

Jade C. : Et les feuilles…

— Le problème des feuilles, c’est qu’elles tombent toutes en même temps ! Il est difficile d’être partout à la fois. Je me promène beaucoup à pied dans la ville et je constate tout de même que le travail est fait. Sur l’avenue du Martelet, que nous allons complètement refaire, le problème tient au fait qu’une partie dépend de la ville, l’autre est sous la responsabilité du bailleur ou de la copropriété.

Santé

Goulven M. : J’ai pour ma part une question qui me taraude : le manque de médecins généralistes sur Cergy.  

—  Nous rencontrons deux types de problèmes différents concernant la santé : la désertification médicale — qui n’est pas propre à Cergy — et l’accès à la santé. Aujourd’hui, certaines personnes n’ont pas les moyens d’avancer l’argent d’une consultation.

Nous sommes donc en train de travailler à la création d’un centre médical aux Genottes qui permettra aux Cergyssois de venir se soigner sans avoir à avancer les frais. Tout le rez-de-chaussée d’un immeuble en accession sera consacré à ce centre avec des médecins qui seront salariés et non rémunérés à l’acte. C’est me semble-t-il la médecine telle que je la vois évoluer dans les prochaines années.

Le centre médical de santé permettra aux Cergyssois de venir se soigner sans avoir à avancer les frais médicaux.

Le problème de désertification concerne quant à lui les quartiers historiques de la ville. Les médecins étant arrivés en même temps, ils sont proches désormais de la retraite. Le problème est donc moins flagrant sur les Hauts-de-Cergy. Nous allons par ailleurs faciliter l’installation de nouveaux médecins en réservant les rez-de-chaussée des nouvelles constructions. Selon moi, nous payons en France ce qui a été mis en place il y a vingt ans, notamment avec le numerus clausus, et cela prendra vingt ans pour que cela s’arrange.

Sachant que l’on finance leurs longues – et difficiles – études, je considère que les médecins devraient avoir l’obligation de s’installer pendant dix ans là où on a de véritables besoins. Dans certaines régions, comme dans le sud de la France, vous avez une surpopulation de médecins et dans d’autres départements ou à Paris, une vraie désertification, particulièrement dans les quartiers populaires.

Banques et distributeurs de billets

Florence S. : Nous avons un autre problème, ce sont les banques qui ferment et l’absence de distributeurs !  

— L’évolution du numérique, comme dans beaucoup de métiers, va transformer profondément la banque…  

Ulrich A. : Oui, comme pour les achats. C’est l’avenir, tout se fera en ligne ou avec son smartphone…  

— Tout à fait, et il va falloir que nous puissions travailler sur la fracture numérique, notamment pour les personnes âgées. Mais pour en revenir aux banques, il y aura de moins en moins d’agences bancaires. Elles se limiteront petit à petit à un rôle de conseil et non plus de traitement d’opération.

Je me suis battu pour maintenir un distributeur au Village, pour en conserver un aux Touleuses et pour en installer un dans le quartier de l’Horloge. Mais n’oublions pas que pour une banque, un distributeur doit être rentable. La notion de service public n’existe pas ! 

Je me suis battu pour maintenir un distributeur au Village, pour en conserver un aux Touleuses et pour en installer un dans le quartier de l'Horloge. 

Poste et commerces

— J’en profite pour préciser que La Poste dans ce quartier va déménager au rez-de-chaussée du nouveau bâtiment en cours de construction, en face de la gare. Nous aurons enfin un vrai bureau de poste, digne de ce nom à l’Horloge. La poste de la Préfecture va de son côté intégrer le centre commercial des 3 Fontaines. Elle sera ainsi bien plus accessible. Mais ce que nous venons d’évoquer est aussi valable pour les commerces. On se bat pour les conserver, même si dans certains quartiers, ils ont une très faible activité. En revanche, dans les quartiers où il y a beaucoup de commerces, nous veillons à limiter les ouvertures afin de privilégier la qualité et non la quantité…  

Dans les quartiers où il y a beaucoup de commerces, nous veillons à limiter les ouvertures afin de privilégier la qualité et non la quantité.

Goulven M. : On imagine tout de même que les commerçants font des études de marché avant de s’implanter ?

Florence S. : Ici (Axe Majeur et Horloge, ndrl), cela m’étonnerait ; tous les six mois, nous faisons le plein de restauration rapide !

— Un travail d’ensemble pour diversifier progressivement l’offre est mené sur ces quartiers. Trop de commerces ont en effet la même activité. Mais il faut aussi que cela soit rentable pour le commerce, sans qu’il ait à payer un loyer trop important qui grève son budget. Je précise que les murs n’appartiennent pas à la ville, même si nous essayons de préempter certains espaces pour favoriser l’implantation d’autres commerces. Le plus souvent, ils appartiennent à des propriétaires qui espèrent un retour sur investissement et qui se moquent de savoir qui loue. Tant pis si l’activité ne dure que trois mois ! Nous n’avons aucun pouvoir de ce côté là.

Services publics de qualité

Jade C., Florence S. : Justement, qu’y aura-t-il à la place de l’ancien commissariat… Un restaurant ?

— Pas du tout ! Ce sera le RAM (Relais d’assistants maternels). On remet des équipements et des services publics dans ce quartier, à l’image du Pimms (Point information médiation multiservices), inauguré en décembre.

Ensuite, pendant quatre ans, nous aurons des travaux pour réhabiliter la maison de quartier et le gymnase des Roulants. Cela faisait quarante ans que ce bâtiment n’avait pas été rénové. On va y installer le grand pôle musique de la ville avec le Centre musical municipal, des studios d’enregistrement, L’Observatoire... Sans oublier une grande salle de huit cents places assises et mille cinq-cents debout. Notre objectif étant d’ouvrir totalement ce quartier.

Sécurité au quotidien

Najib W. : J’ai pour ma part une question sur la sécurité. J’habite dans une zone pavillonnaire à proximité de l’école du Point du Jour. Au moment des travaux menés dans l’école, un commerce de cannabis s’est installé dans le quartier. Qu’en est-il de la sécurité ?  

— Quand j’ai été élu pour la première fois, il n’y avait que six policiers municipaux contre trente-cinq aujourd’hui. Il n’y avait aucune vidéosurveillance ; il y a maintenant soixante caméras dans les rues et en 2018, il y en aura quatre-vingt douze. Nous manquons clairement de policiers nationaux, mais cela est du ressort de l’État. J’ai donc écrit au ministre de l’Intérieur pour que Cergy fasse partie de l’expérimentation de la police de sécurité du quotidien (PSQ). J'espère que nous serons retenus.

Au Bontemps et au Ponceau, la police a mis six mois pour remonter l’ensemble de la filière, sachant qu’il est plus difficile de détecter ce qu’on appelle des « nourrices » qui cachent le cannabis. Nous menons une action avec les principaux des collèges pour repérer les enfants non scolarisés ou ayant des absences répétées afin d’intervenir auprès des familles, le but étant d’agir conjointement avec la police, les équipes éducatives et sociales, les bailleurs.

Il y a aussi un autre débat : les policiers ont le sentiment que sur ce genre de délits, leurs interventions ne servent à rien. Les délinquants sont tout de suite relâchés. Il faut dire que les maisons d’arrêt sont pleines… Celle d’Osny est surchargée. On ne va donc pas en prison pour une peine en-dessous de deux ans. Nous payons là encore la politique menée en la matière : on n’a pas construit de prisons, on a diminué le nombre de juges et de policiers nationaux. De surcroît, en cette période de crise, nos policiers nationaux sont réquisitionnés pour garder des mosquées, des synagogues, des équipements publics et leur nombre d’heures supplémentaires explose ! Toute la chaîne est à reconstituer.

Je pense enfin qu’il faudrait faire évoluer la législation concernant les drogues douces, notamment par la mise en place de verbalisations.

 

Je pense enfin qu’il faudrait faire évoluer la législation concernant les drogues douces, notamment par la mise en place de verbalisations. Dans d’autres pays, comme aux Pays-Bas, les drogues sont vendues dans des coffee shops qui sont réglementés. Nous pourrions aller dans ce sens. Ce serait plus encadré. Vous savez, un maire voit tous les dysfonctionnements et comment intervenir, mais ce n’est pas lui qui fait les lois ! Je suis donc bien conscient de la situation. Mais cela n’est pas spécifique à Cergy, même si je trouve que dans notre ville, nous sommes plutôt bien lotis. 

Emploi

Salamatou M. : Je croise parfois des jeunes que je connais devenus guetteurs. Ils se plaignent d’être sans travail et de ne pas être aidés par la mairie.  

— Il y a le discours et la réalité du terrain. Ceux dont vous parlez ne viennent jamais en mairie ! Aujourd’hui, sur Cergy-Pontoise, vous avez cinq mille emplois vacants et le taux de chômage des jeunes à Cergy a baissé. Lors du forum intercommunal d’octobre, quatre-vingt entreprises présentaient des postes, parmi lesquelles Enedis, venue pour recruter.

Sur BFM, l’autre fois, j’ai entendu qu’une entreprise manquait d’ingénieurs sur Cergy ! L’Aren Park, le centre commercial qui va s’installer aux Linandes, va aussi proposer deux cents emplois ; on va faire venir toutes les enseignes concernées une journée et tous les jeunes qui le souhaitent pourront venir avec leur CV.

Quant la ville a créé les activités périscolaires, elle a embauché plus de cent Cergyssois et le service emploi insertion de la ville fait un travail important et de qualité. En développant la ville, j’œuvre pour le maintien et l’implantation d’entreprises sur notre territoire (trois cent cinquante créations par an) et j’accompagne notamment les jeunes pour qu’ils puissent trouver un emploi. Mais quand ils ne veulent pas venir, je ne peux pas les prendre par la main !  

En développant la ville, j'œuvre pour le maintien et l'implantation d'entreprises sur notre territoire.

Goulven M. : Une légende urbaine, de plus en plus amplifiée par les réseaux sociaux, prétend que les entreprises n’embauchent pas forcément des gens du cru, particulièrement les grands groupes.  

— Toujours le discours et la réalité... J’ai travaillé avec notre nouveau député pour que nous soyons retenus sur l'expérimentation gouvernementale relative aux emplois francs. Concrètement, quand une entreprise va embaucher une personne d’un quartier politique de la ville, elle va toucher 15 000 € pour un CDI et 5 000 € sur un CDD.

N’oublions pas l’École de la deuxième chance qui soutient celles et ceux qui n’ont pas réussi du premier coup à l’école pour leur redonner un nouvel espoir. Il y a eu aussi le Bus de l’emploi… Quelqu’un qui a aujourd’hui la volonté de trouver un l’emploi, on peut l’accompagner sur cette ville.

Fiscalité

Goulven M. : Des familles avec des enfants en bas âge se plaignent d’avoir des frais quotidiens importants et s’inquiètent des taux d’imposition de la ville…  

— Nous n’augmentons les activités périscolaires que de 1 à 2 % par an, alors que les augmentations des prestataires sont beaucoup plus importantes. Un repas à la cantine à 2,50 € coûte en moyenne 8 € à la ville. Ce sont les impôts des Cergyssois qui paient la différence, idem pour toutes les autres prestations. C’est aussi à cela que servent les impôts, financer les routes, à reconstruire les écoles et les crèches.

Je reste néanmoins persuadé qu’il existe un problème au niveau de l’assiette de l’impôt. Beaucoup de personnes sont très ponctionnées sur leurs revenus, cela crée un déséquilibre. Je rappelle enfin que la ville a perdu 8 millions € de dotation de l’État, elle en perdra 800 000 € en 2020/2021.

Goulven M. : Qu’en est-il de la taxe d’habitation ?  

— À Cergy, elle est très faible. Le taux de la ville est de 12 % et la moyenne sur les villes de même strate est de 18 %. Je me suis engagé en début de mandat à ne pas augmenter les impôts sur Cergy. Je tiens mes engagements et ce sera le cas jusqu’en 2020.

Je me suis engagé en début de mandat à ne pas augmenter les impôts sur Cergy. Je tiens mes engagements et ce sera le cas jusqu’en 2020.

De mon point de vue, il faudrait une refonte complète des finances locales mais aussi de la fiscalité car elle est aujourd’hui trop inégalitaire. La taxe d’habitation est un impôt injuste ; il n’a aucune raison de perdurer. Quand vous savez qu’un 80 m2 au Village coûte moins cher en taxe d’habitation qu’un 80 m2 à la Bastide, considéré comme quartier politique de la ville, ou au Point du jour, il y a un problème d’équilibre et une inégalité frappante. Je l’ai déjà écrit et dit, il faut supprimer totalement cet impôt pour que nous soyons dans l’équité en le remplaçant par une taxe qui crée un lien entre l’habitant et l’impôt qu’il paye à la ville.

Vision politique

Jade C. : Une question me tient à cœur : lors des primaires du PS, vous vous êtes manifesté en faveur de Manuel Valls. Pourquoi ?  

— Je ne partage pas tout ce qu’a dit et fait Manuel Valls mais je reste persuadé, comme lui, qu’il faut libérer notre économie afin de créer des emplois. Je n’ai donc pas suivi Benoît Hamon car je ne crois pas en la théorie de la décroissance. Je reste persuadé que c’est par l’emploi que l’on peut réussir dans sa vie. En revanche, je n’ai pas soutenu Valls sur la déchéance de nationalité, et je ne suis pas sûr d’avoir la même conception de la laïcité…  

Jade C. : Merci ! C’est cela qui me faisait peur.  

— Je fais partie de ceux qui militent pour libérer l’économie et le social mais au niveau sociétal, je suis pour que l’on prenne en compte l’individu dans sa globalité. Je suis donc pour que l’on applique la loi de 1905, à savoir la liberté de culte et la possibilité pour les gens qui croient en une confession de pouvoir la pratiquer dans de bonnes conditions. Je reste persuadé qu’à Cergy, aujourd’hui, c’est le cas. Quand un culte m’invite, souvent à l’occasion d’une fête, j’honore l’invitation. Je représente la République et c’est donc normal. Une association d’ailleurs s’occupe de réunir toutes les confessions et nous discutons ensemble, notamment à l’occasion des célébrations du 11 novembre. Toutes les confessions viennent s’exprimer sur un thème choisi en commun. Il s’agit davantage d’un partage culturel que confessionnel.

Je fais partie de ceux qui militent pour libérer l’économie et le social mais au niveau sociétal, je suis pour que l’on prenne en compte l’individu dans sa globalité.

J’insiste néanmoins sur le fait que la religion ne doit pas être placée au-dessus de la République, comme cela existe dans beaucoup de pays. C’est pourquoi, par exemple, il faut former les imams pour qu’ils comprennent notre culture laïque. C’est capital. Enfin, j’ai demandé que des aumôniers puissent représenter toutes les confessions dans les hôpitaux, les prisons…  

Jade C. : Je vous remercie car cela m’avait chagriné que mon maire épouse certains partis pris…  

— Vous savez je fais fi de la posture politique sur les aspects locaux. L’intérêt d’être maire, c’est de voir toutes les préoccupations des gens. Et actuellement, nous n’avons pas de politiques qui répondent vraiment aux préoccupations de la population. Arrêtons d’être dogmatiques et soyons plus pragmatiques ! Les seuls politiques qui sont actuellement reconnus par la population, ce sont les mairesses et les maires car nous sommes sur le terrain. Les contrats aidés, par exemple, me sont restés en travers de la gorge. J’ai d’ailleurs rédigé un édito sur le sujet. Nous avons soixante-sept contrats aidés dans des associations aujourd’hui et deux cents gamins qui ne peuvent plus faire du foot car il n’y a personne pour les encadrer. Cela fait partie des mesures qui n’ont aucun sens. Et qu’on ne vienne pas me dire qu’il s’agit de clientélisme ! C’est une vision rétrograde de ce qui se passe actuellement sur Cergy. Dans cette ville, tous les locaux sont gratuits pour les associations. Allez voir ailleurs… C’est payant. Ce lien entre les associations et les habitants, c’est aussi ce qui fait la force de cette ville.  

Goulven M. : Vous n’avez pas mentionné que La Lanterne qui sert de base à la maison de quartier actuelle restera à la disposition des associations compte-tenu de l’investissement déployé pour ce lieu…

— Oui, l’investissement est de 700 000 €. Les associations de tous les quartiers qui cherchent actuellement de la place pourront à terme venir à la Lanterne. Cela créera un brassage. Au-delà de l’aspect financier, je pense que nous avons intérêt à ce que les associations puissent continuer à bien vivre dans Cergy et je suis ravi de leur essor. Certaines, par exemple se développent pour dispenser des cours de français ou du soutien scolaire. Tout ce qui permettra aux gens de grandir, c’est essentiel. C’est un choix politique que j’assume totalement.

Regard sur l’avenir

Florence S. : Vous ne ferez que deux mandats ?

— En 2014, lors de l’élection, j’avais précisé que j’avais un projet pour deux mandats. Je tiendrai cette promesse, même si j’adore cette ville et ses habitants. Ils sont fiers d’être Cergyssois, comme je le suis. Mais il faut porter des projets que que Cergy reste classée ville la plus dynamique de France par Le Figaro ! On ne peut pas m’accuser d’avoir trafiquer les chiffres ! Quand je demande aux nouveaux habitants pourquoi ils ont choisi Cergy, la plupart me citent deux éléments : le cadre de vie et les espaces verts, des services publics de proximité.  

Florence S. : Nous vivons certes dans une banlieue, mais nous habitons une ville sûre, avec des espaces verts…

— Je ne considère pas Cergy comme une ville de banlieue. Le paradoxe de cette ville, c’est que nous sommes dans la grande couronne, mais nous n’avons pas le fonctionnement d’une ville de banlieue. Vous avez trente mille emplois dans cette ville, dans le cœur de Cergy, nous avons quinze mille étudiants et une jeunesse entreprenante. Nous avons aussi l’Aren’Ice, le stade Salif-Keïta, la meilleure équipe de taekwondo en France et en basket Amara Sy, grand joueur à l’international, est devenu président du club, tout ce dynamisme… C’est une fierté !  

Je ne considère pas Cergy comme une ville de banlieue.

Goulven M. : vous vous battez d’ailleurs contre cette image de ville nouvelle ?

— Quand je bataille avec des patrons d’entreprise pour les faire venir, ils ont parfois un a priori. Une fois qu’ils découvrent la ville, ils changent d’avis. Seul point noir : le RER. Il y a autant de trains à Poissy qu’à Cergy alors qu’il y a 4,5 fois plus de voyageurs à Cergy ! J’avais proposé il y a un an six trains pour Cergy et quatre pour Poissy car cela me semblait logique. J’ai autorisé la construction d’un quatrième quai aux Hauts-de-Cergy pour fluidifier la circulation et nous avons aussi obtenu que l’ensemble de la ligne soit géré par la RATP en 2019.

J’ai aussi demandé qu’il n’y ait plus changement de conducteur à Nanterre. J’espère que cela aboutira en 2020. Enfin, je me battrai pour qu’en 2024, on supprime le RER A sur Poissy avec la création d’Éole ainsi que le transilien pour n’avoir qu’un RER toutes les cinq minutes de Paris à Cergy. Mais politiquement, on préfère le 78 au 95 ! La bataille sera rude, mais pour 2024, il faut anticiper dès maintenant.  

Ulrich A.: Il y a aussi le projet de Campus international !  

— Oui, l’ensemble des grandes écoles et l’université vont se regrouper dans un même établissement – hormis l’Essec qui restera néanmoins à côté –, avec pour objectif d’être parmi les deux cents meilleures université mondiales. Mon projet est d’une part d’accompagner sur dix ans ce projet en construisant des logements étudiants – tout en rappelant les règles de bonne conduite – et de permettre à des jeunes Cergyssoises et Cergyssois de bénéficier d’études supérieures de qualité. Et ils en ont les capacités.